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LES FEMMES QUI ONT COMPTE

 

 

Conférence donnée par Jean-Pierre Gounod, le vendredi 4 décembre 1992 au CERCLE FRANÇAIS DE GENÈVE

 

Victoire LEMACHOIS

Les soeurs GARCIA

Fanny HENSEL

George SAND

Rosalie JOUSSET

MARCELLO

Georgina WELDON

Anna ZIMMERMAN

 

 

Introduction

1893-1993, on commence à parler, dans les milieux de la musique de la célébration du centenaire de la mort de Charles GOUNOD. Aussi, d'entrée, je désire remercier votre Président Jean PLIHON de me permettre d'ouvrir ici à Genève la commémoration de la mort de celui qui fût un très grand compositeur français, mon arrière grand-père.

Cent ans ! et pourtant sa musique apparaît toujours suffisamment présente et jeune pour que parfois l'on me pose la question: "l'avez-vous connu?". On ne me la posera plus !

Yvette GUILBERT, célèbre pour son répertoire canaille: "Le Fiacre", "Madame Arthur", morte en 1944, avait en 1883 créé la chanson dite de "La glue" sur des vers de Jean RICHEPIN, mis en musique par GOUNOD, c'était hier !

J'ai, un moment, pensé vous entretenir des multiples tracasseries que rencontre un artiste au cours de sa carrière, il y aurait certes de quoi étoffer une causerie. En effet, revoyant il y a peu le film "Amadeus", j'ai noté que MOZART était, par la Cour, interdit de ballets! Pour GOUNOD, au contraire, l'accès à l'Opéra exigeait un ballet, composé après coup, ce qui fût réalisé tant pour Faust que pour Roméo interrompant ainsi l'intensité dramatique de l'oeuvre.

-Sait-on que la Comédie française voulait interdire le "Médecin malgré lui", considéré comme une concurrence déloyale à la pièce de Molière ?

-Sait-on que Rome voulait que l'on supprimât dans Faust la scène de l'église considérée comme sacrilège ?

-Sait-on que le Pape Pie X voulait proscrire dans la Messe de Sainte Cécile les répétitions trop nombreuses de paroles, y trouvant une tendance profane ?

-Sait-on que l'éditeur CHOUDENS, qui aimait GOUNOD pour ce qu'il lui rapportait, n'aimait pas Faust et disait à ses enfants: "Si vous n'êtes pas sages je vous emmène entendre Faust'"

-Sait-on que léon CARVALHO, directeur de l'Opéra Comique, ex Théâtre Lyrique, exigeait de remplacer les récitatifs chantés par de simples dialogues sans musique, pour mieux mettre en valeur les divas lors de leur entrée en scène ?

-Sait-on enfin que la cantatrice Mme CARVALHO, épouse du précédent, exigeait qu'à la fin de l'opéra, Mireille et Vincent se marient.

Les anecdotes de ce type seraient nombreuses, amusantes certes, mais tout compte fait assez déprimantes, aussi, ai-je préféré vous inviter à pénétrer plus avant dans l'intimité de Charles GOUNOD, en découvrant avec vous quels furent le rôle et l'influence de certaines femmes qui comptèrent dans la vie de Charles GOUNOD et qui n'ont pas été sans laisser derrière elles au hasard de leur rencontre avec GOUNOD un certain "parfum de femme", comme MOZART le fit déjà dire à Don JUAN.

Le hasard veut qu'elles soient en nombre égal à celui des muses censées veiller sur la puissance créatrice des hommes, sous ses diverses formes. Je vais donc évoquer devant vous le souvenir de neuf femmes, toutes de caractère exceptionnel. Sans elles, GOUNOD n'aurait peut-être pas été GOUNOD !

Avant de dévoiler ces rencontres successives, laissez-moi rapidement vous situer dans le temps notre musicien. Il avait neuf ans à la mort de BEETHOVEN suivie l'année d'après par celle de SCHUBERT. Quand il quittera ce monde, DEBUSSY aura déjà 31 ans, Eric SATIE seulement 27, mais FAURE et DUPARC auront déjà atteint la maturité et ne seront pas éloignés de la cinquantaine.

 

 

 

 

Conclusion

Si, comme j'ai tenté de vous le faire percevoir, GOUNOD doit beaucoup aux femmes qui l'accompagnèrent durant certains moments de son existence, en retour les femmes lui doivent autant.

Certes, à douze ans la MALIBRAN éveille en lui le goût de la composition musicale. Pauline VIARDOT est l'inspiratrice de Sapho. Fanny HENSEL le sensibilise au romantisme allemand. MARCELLO le soutient de son rayonnement alors qu'il est dans une impasse totale de création. La WELDON le porte à composer les "Biondina". Même la vierge Marie s'imposera dans un Ave Maria non prévu au départ !

Mais, en y regardant de près et si on fait abstraction de sa musique d'inspiration religieuse, les compositions musicales de GOUNOD mettent en lumière divers aspects de l'éternel féminin. Est-ce par une sorte de transfert que GOUNOD, tout au long de son oeuvre, évoquera divers types de femmes, à l'opposé de Richard WAGNER dont l'oeuvre sera plus particulièrement centrée sur l'épopée des dieux et de l'homme ? Deux oeuvres les rapprochent dans un équilibre parfait du couple homme-femme: Roméo et Juliette, et Tristan et Yseult. Mais chez GOUNOD, ce sera Sapho la poétesse, Marguerite la jeune-fille sans défense, Juliette et la fragilité de l'amour profane, Pauline et la grandeur de l'amour sacré, Balkis, la Reine de Saba et la faiblesse des sens, et enfin, Mireille, la plus fraîche de toutes ses héroïnes.

GOUNOD disait: "Ce qui nous intéresse avant tout, par dessus tout au théâtre, c'est nous-mêmes, nous fils, pères, mères, amants, en un mot nous humains!" Il y a quelques jours j'entendais Vittorio Gassman dire: La musique est un art sans signification directe, mais elle a le pouvoir de susciter l'émotion pure".

Quand on demandait à GOUNOD quelles étaient ses préférences dans la vie, il répondait: "Dieu créa trois belles choses: la musique, les fleurs et les femmes, Ce sont elles que j'ai toujours chantées.

Voilà peut-être ce qui explique la présence toujours vivante de l'oeuvre de GOUNOD. Remercions-en les neuf muses que je viens d'évoquer devant vous, elles y sont certainement pour quelque chose.

 

Jean-Pierre Gounod

 

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