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Introduction 1893-1993, on commence à parler, dans les milieux
de la musique de la célébration du centenaire
de la mort de Charles GOUNOD. Aussi, d'entrée, je
désire remercier votre Président Jean PLIHON
de me permettre d'ouvrir ici à Genève la
commémoration de la mort de celui qui fût un
très grand compositeur français, mon
arrière grand-père. Cent ans ! et pourtant sa musique apparaît toujours
suffisamment présente et jeune pour que parfois l'on
me pose la question: "l'avez-vous connu?". On ne me la
posera plus ! Yvette GUILBERT, célèbre pour son
répertoire canaille: "Le Fiacre", "Madame Arthur",
morte en 1944, avait en 1883 créé la chanson
dite de "La glue" sur des vers de Jean RICHEPIN, mis en
musique par GOUNOD, c'était hier ! J'ai, un moment, pensé vous entretenir des
multiples tracasseries que rencontre un artiste au cours de
sa carrière, il y aurait certes de quoi
étoffer une causerie. En effet, revoyant il y a peu
le film "Amadeus", j'ai noté que MOZART était,
par la Cour, interdit de ballets! Pour GOUNOD, au contraire,
l'accès à l'Opéra exigeait un ballet,
composé après coup, ce qui fût
réalisé tant pour Faust que pour Roméo
interrompant ainsi l'intensité dramatique de
l'oeuvre. -Sait-on que la Comédie française voulait
interdire le "Médecin malgré lui",
considéré comme une concurrence
déloyale à la pièce de Molière
? -Sait-on que Rome voulait que l'on supprimât dans
Faust la scène de l'église
considérée comme sacrilège ? -Sait-on que le Pape Pie X voulait proscrire dans la
Messe de Sainte Cécile les répétitions
trop nombreuses de paroles, y trouvant une tendance profane
? -Sait-on que l'éditeur CHOUDENS, qui aimait GOUNOD
pour ce qu'il lui rapportait, n'aimait pas Faust et disait
à ses enfants: "Si vous n'êtes pas sages je
vous emmène entendre Faust'" -Sait-on que léon CARVALHO, directeur de
l'Opéra Comique, ex Théâtre Lyrique,
exigeait de remplacer les récitatifs chantés
par de simples dialogues sans musique, pour mieux mettre en
valeur les divas lors de leur entrée en scène
? -Sait-on enfin que la cantatrice Mme CARVALHO,
épouse du précédent, exigeait
qu'à la fin de l'opéra, Mireille et Vincent se
marient. Les anecdotes de ce type seraient nombreuses, amusantes
certes, mais tout compte fait assez déprimantes,
aussi, ai-je préféré vous inviter
à pénétrer plus avant dans
l'intimité de Charles GOUNOD, en découvrant
avec vous quels furent le rôle et l'influence de
certaines femmes qui comptèrent dans la vie de
Charles GOUNOD et qui n'ont pas été sans
laisser derrière elles au hasard de leur rencontre
avec GOUNOD un certain "parfum de femme", comme MOZART le
fit déjà dire à Don JUAN. Le hasard veut qu'elles soient en nombre égal
à celui des muses censées veiller sur la
puissance créatrice des hommes, sous ses diverses
formes. Je vais donc évoquer devant vous le souvenir
de neuf femmes, toutes de caractère exceptionnel.
Sans elles, GOUNOD n'aurait peut-être pas
été GOUNOD ! Avant de dévoiler ces rencontres successives, laissez-moi rapidement vous situer dans le temps notre musicien. Il avait neuf ans à la mort de BEETHOVEN suivie l'année d'après par celle de SCHUBERT. Quand il quittera ce monde, DEBUSSY aura déjà 31 ans, Eric SATIE seulement 27, mais FAURE et DUPARC auront déjà atteint la maturité et ne seront pas éloignés de la cinquantaine.
Conclusion Si, comme j'ai tenté de vous le faire percevoir,
GOUNOD doit beaucoup aux femmes qui l'accompagnèrent
durant certains moments de son existence, en retour les
femmes lui doivent autant. Certes, à douze ans la MALIBRAN éveille en
lui le goût de la composition musicale. Pauline
VIARDOT est l'inspiratrice de Sapho. Fanny HENSEL le
sensibilise au romantisme allemand. MARCELLO le soutient de
son rayonnement alors qu'il est dans une impasse totale de
création. La WELDON le porte à composer les
"Biondina". Même la vierge Marie s'imposera dans un
Ave Maria non prévu au départ ! Mais, en y regardant de près et si on fait
abstraction de sa musique d'inspiration religieuse, les
compositions musicales de GOUNOD mettent en lumière
divers aspects de l'éternel féminin. Est-ce
par une sorte de transfert que GOUNOD, tout au long de son
oeuvre, évoquera divers types de femmes, à
l'opposé de Richard WAGNER dont l'oeuvre sera plus
particulièrement centrée sur
l'épopée des dieux et de l'homme ? Deux
oeuvres les rapprochent dans un équilibre parfait du
couple homme-femme: Roméo et Juliette, et Tristan et
Yseult. Mais chez GOUNOD, ce sera Sapho la poétesse,
Marguerite la jeune-fille sans défense, Juliette et
la fragilité de l'amour profane, Pauline et la
grandeur de l'amour sacré, Balkis, la Reine de Saba
et la faiblesse des sens, et enfin, Mireille, la plus
fraîche de toutes ses héroïnes. GOUNOD disait: "Ce qui nous intéresse avant tout,
par dessus tout au théâtre, c'est
nous-mêmes, nous fils, pères, mères,
amants, en un mot nous humains!" Il y a quelques jours
j'entendais Vittorio Gassman dire: La musique est un art
sans signification directe, mais elle a le pouvoir de
susciter l'émotion pure". Quand on demandait à GOUNOD quelles étaient
ses préférences dans la vie, il
répondait: "Dieu créa trois belles choses: la
musique, les fleurs et les femmes, Ce sont elles que j'ai
toujours chantées. Voilà peut-être ce qui explique la présence toujours vivante de l'oeuvre de GOUNOD. Remercions-en les neuf muses que je viens d'évoquer devant vous, elles y sont certainement pour quelque chose.
Jean-Pierre Gounod
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